Origines – Chapitre 1

New York, trois mois plus tôt.

Andrew me demanda en mariage un dimanche matin. Comme tous les weekends, il était allé nous acheter les croissants et les brioches dont je raffolais. À mon grand bonheur, nous avions la chance d’avoir un petit coin de France à portée de main, ou plus précisément, à deux pâtés d’immeubles de notre appartement.

Je m’attendais à quelque fantaisie de sa part, étant donné que nous fêtions le cinquième anniversaire de notre rencontre ce jour-là, et qu’Andrew n’avait jamais omis de marquer le coup. Mais certainement pas à une demande en mariage ! Je savais que je finirais par tomber sur un joli petit paquet-cadeau dissimulé quelque part dans notre immense appartement, et l’idée d’une chasse au trésor me ravissait. De mon côté, je n’avais pas oublié son cadeau, une collection de CDs de jazz, qui l’attendait sagement dans son bureau.

Nous avalions goulûment notre petit-déjeuner tout en essayant de cacher notre excitation mutuelle. L’alliance se trouvait à l’intérieur d’une brioche, bien qu’aucun trou n’ait trahi sa présence. Je faillis m’étouffer avec, ce qui provoqua un mouvement de panique chez Andrew. Une fois rassuré il ne put retenir un éclat de rire mélodieux, et mettant un genou à terre, il fit sa demande.

La première fois que j’avais posé mes yeux sur lui, j’en étais tombée follement amoureuse, et l’expression coup de foudre avait pris tout son sens. Je venais d’intégrer la faculté de droit, Andrew, lui, était en deuxième année. La plupart des étudiantes faisaient ce qu’elles pouvaient pour attirer son attention, et l’idée que je puisse l’intéresser me semblait improbable.

Contre toute attente, il s’était approché de moi un jour à la bibliothèque prétextant de s’intéresser au livre que j’étais en train de lire. Mon émotion fut telle que je fus incapable d’aligner deux mots sans bafouiller, ce qui dut le ravir puisque trois mois plus tard nous emménagions ensemble. Il m’avoua par la suite que lui aussi avait été sous le charme dès le premier instant.

Une fois remis de nos émotions, nous saisîmes nos agendas afin d’arrêter une date pour le mariage : nous tombâmes d’accord pour le 20 mai, soit dans moins de trois mois. Aurais-je le temps de tout organiser en si peu de temps ? Je pris le téléphone et appelai ma meilleure amie, Megan, mariée de fraîche date.

— Kate, c’est merveilleux, s’exclama Megan en apprenant la nouvelle. Trois mois dis-tu ?

— Oui, répondis-je, aussi bien Andrew que moi serons complètement débordés par la suite.

— Je vois. Je te conseille de faire appel à ma wedding planner, elle a fait un travail fantastique pour moi, et comme je me doute que tu ne rêves pas d’un grand mariage, alors ça devrait aller.

Je l’appelai le lendemain matin dès la première heure. Malheureusement, celle-ci était prise jusqu’à la fin de l’année. Toutefois, elle m’indiqua une de ses collègues, Debra, qui était disponible.

J’avoue que le métier de wedding planner m’était toujours apparu comme un hobby plutôt qu’une profession sérieuse. Debra me prouva le contraire par la suite.

— Consacrez-moi deux heures demain à l’heure du déjeuner, vous et votre fiancé, me dit Debra au téléphone. Je vous présenterai les différentes possibilités qui s’offrent à vous, ainsi que mes tarifs. Cela me permettra de cerner vos personnalités ainsi que vos goûts.

Andrew et moi la retrouvâmes le lendemain dans un petit restaurant italien. Debra était un tout petit bout de femme dont l’énergie était inversement proportionnelle à la taille. Âgée d’une quarantaine d’années, plutôt potelée et perchée sur d’immenses talons aiguilles, son sourire accueillant me rassura aussitôt. Debra se montra très professionnelle, prenant de nombreuses notes pendant toute notre conversation et nous fournissant tout un tas de prospectus et de catalogues.

— Vous ne rêvez pas du mariage du siècle, alors nous aurons le temps de tout organiser à temps, conclut-elle à la fin de notre rencontre. Avez-vous une idée du nombre de convives ?

— Non, pas encore, répondis-je.

— L’idéal serait que vous dressiez la liste des invités le plus rapidement possible. Cela nous permettra de déterminer un budget rapidement.

Nous lui promîmes la liste des invités pour la fin de la semaine, dernier délai, et nous convînmes d’un rendez-vous la semaine suivante. Entretemps, Debra nous enverrait ses suggestions en fonction de ce qu’elle avait capté de nos goûts.

Le soir même, je me penchai sur la liste des invités et demandai à Andrew d’en faire de même. Issue d’une famille nombreuse, j’étais la cadette de quatre frères et sœurs. Je dressai rapidement une première liste où j’incluais oncles, tantes, neveux, cousins, amis, collègues de travail. J’arrivai rapidement à plus de cent vingt personnes.

Andrew de son côté était fils unique et orphelin. Ses parents adoptifs étaient eux aussi enfants uniques et seuls héritiers de leurs familles respectives. À la tête d’une immense fortune, ils avaient consacré leur existence à œuvrer au sein de nombreuses associations caritatives à travers le monde. Ils s’étaient connus en Amérique du Sud, au Brésil plus précisément, alors qu’ils travaillaient pour une organisation non gouvernementale. Ils étaient tombés amoureux immédiatement, et avaient recueilli Andrew, alors âgé de quelques mois. Sa mère était décédée à sa naissance et l’identité de son père restait inconnue.

Après l’adoption d’Andrew, ses parents avaient cessé de voyager afin de se consacrer à son éducation et exerçaient leur charité depuis leur triplex de New York. Lorsqu’Andrew entra à l’université, ses parents reprirent leurs voyages et périrent dans un accident d’hélicoptère en Amazonie, laissant Andrew seul au monde, sans famille, et à la tête d’une fortune colossale.

— Tiens, me dit Andrew en me tendant un bout de papier.

D’une nature plutôt solitaire, Andrew ne s’était jamais entouré de beaucoup d’amis, tout au plus quelques connaissances. Sa liste comprenait une trentaine de personnes. Je reconnus le nom de son ancien majordome, de sa nourrice, de son associé ainsi que de son épouse, et de quelques collègues de travail. Certains noms avaient été barrés, puis rétablis. Je pris la décision de réduire ma propre liste, ce qui me donna un travail considérable, mais après maintes tergiversations j’en arrivai à 85 personnes, ce qui après tout me parut assez raisonnable.

Je saisis la liste d’Andrew sur l’ordinateur, l’imprimai et partis le rejoindre. Il était au troisième et dernier étage de notre appartement et s’entraînait à la brasse dans notre piscine privée. Le comble du luxe à mes yeux ! Issue d’un milieu modeste, je ne m’étais toujours pas habituée à toute cette opulence qui m’entourait et ne cessait d’être éblouie à chaque fois que je pénétrais dans cet appartement. J’avais du mal à l’accepter comme étant également le mien. Avant d’emménager ici, je partageais, avec Megan, un petit deux-pièces dont la surface était de moitié celle de ma salle de bains actuelle.

Je traversai l’immense appartement plongé dans la pénombre. Nous n’occupions qu’une toute petite partie du triplex, recevant nos amis à dîner dans la cuisine la plupart du temps, n’ayant personne à notre service depuis que les derniers employés étaient partis à la retraite.

Malgré son immense fortune, Andrew menait une vie plutôt simple, travaillant d’arrache-pied, alors qu’il aurait pu se contenter de ne rien faire. Il se rendait même au bureau en métro comme monsieur tout le monde, non pas par avarice, mais tout simplement par conviction.

J’avais suggéré à Andrew de déménager à maintes reprises, et nous avions même commencé à visiter des appartements plus adaptés à notre situation de jeune couple actif et sans enfants. Andrew s’était montré enthousiaste au début, mais très rapidement je m’étais aperçue que cette possibilité l’attristait. Il était beaucoup trop attaché à cet endroit.

Je le retrouvais souvent dans la chambre que ses parents avaient occupée autrefois, enfoncé dans un très vieux fauteuil en train de lire ou de travailler. La chambre était restée telle que ses parents l’avaient laissée, Andrew n’ayant jamais eu le courage de toucher à quoi que ce soit.

Finalement, nous prîmes la décision de rester dans le triplex et de remettre le déménagement à plus tard, quand Andrew serait fin prêt à laisser derrière lui ses souvenirs.

À chaque fois que je montais les marches qui menaient jusqu’au dernier étage, j’admirais les vitraux qui ornaient la cage d’escalier et qui représentaient une forêt tropicale. La scène était d’une beauté à couper le souffle. Des oiseaux multicolores survolaient une jungle luxuriante où étaient représentés de nombreux animaux sauvages tels que des singes et des félins. Un animal aquatique ressemblant à un dauphin semblait admirer la scène. Il m’arrachait toujours un sourire.

Andrew en était probablement à sa vingtième longueur quand j’arrivai. Son rythme était très soutenu, et malgré cela il ne montrait aucune fatigue. Andrew était un sportif complet, excellant dans tous les domaines, la natation, la course à pied, le tennis, le golf, tout au contraire de moi qu’aucun sport n’intéressait vraiment. Il s’entraînait à la nage tous les jours pendant environ deux heures, et participait régulièrement à des triathlons. Il avait plusieurs trophées à son actif, mais étant allergique au chlore, il ne participait qu’à des compétitions ayant lieu en mer ou dans des rivières, préférant de loin l’eau douce.

Trois longueurs plus tard, il sortit du bassin, non sans m’avoir arrosée au passage. J’admirais son corps athlétique, sculpté par des années d’entraînement.

 — Tu ne veux pas faire trempette, Kate ? me demanda-t-il en se frottant le corps vigoureusement.

— Non, pas maintenant, peut-être plus tard. Je veux d’abord envoyer notre liste d’invités à Debra.

Alors qu’il se changeait, j’essayais de déterminer lesquels de ses traits physiques rappelaient ses origines brésiliennes : probablement ses cheveux légèrement ondulés et d’un noir de jais, ses yeux verts, ou peut-être bien ses fesses rebondies. Oui, ses fesses, sans aucun doute, conclus-je en souriant.

— Es-tu sûr de ne vouloir rajouter aucun nom ? lui demandai-je en lui montrant la liste que j’avais imprimée.

— Oui, je pense que tout y est, qu’en penses-tu ?

— Eh bien, je pense que mes invités ne vont faire qu’une bouchée des tiens !

— Voilà un tableau plutôt amusant, dit Andrew en s’asseyant à côté de moi et jetant un coup d’œil à ma liste. Effectivement, mon équipe n’a aucune chance contre la tienne, les dés sont pipés. Je pense qu’il vaut mieux tout annuler alors, dit-il en prenant une moue déçue.

— Pas question, répondis-je en rentrant dans son jeu, Debra a déjà encaissé son premier chèque.

Andrew m’enlaça tendrement.

— Tu sais, me dit-il au bout d’un moment, nous pourrions peut-être faire la réception ici, au bord de la piscine. Nous ouvririons les portes sur la terrasse. Combien de personnes comporte ta liste ?

— Quatre-vingt-cinq.

— Je pense que ça devrait aller. Qu’en penses-tu ?

— J’avoue que cette possibilité ne m’avait pas traversé l’esprit, mais maintenant que tu en parles, oui, c’est une excellente idée !

Je n’avais jamais été aussi heureuse de toute ma vie, et je n’aurais jamais imaginé qu’un tel bonheur puisse être possible. Par moments, une forte angoisse me saisissait, comme là, alors que l’avenir semblait nous sourire. Notre vie avait été si facile jusqu’à présent, et j’étais souvent prise de panique à l’idée que tout puisse basculer d’un seul coup.

— J’y pense, dit Andrew en me ramenant à la réalité, nous pourrions organiser la cérémonie religieuse ici par la même occasion. J’imagine que cela se fait couramment. L’autel pourrait être installé ici, ajouta-t-il en arpentant les lieux, les invités se placeraient de ce côté… plutôt pas mal, non ? conclut-il les mains sur les hanches.

— Tu es sérieux ?

— Tu ne trouves pas que ce serait plutôt chouette ?

— Si, au contraire. Il faudrait faire appel à un décorateur et à un paysagiste.

— Parles-en à Debra, elle saura certainement nous indiquer quelqu’un.

— Oui, je vais lui demander son avis.

— Et surtout, ne regarde pas à la dépense, cet endroit a besoin d’un bon rafraîchissement, conclut Andrew en m’embrassant sur le front. Allons dîner, veux-tu ? Je meurs de faim.

Nous descendîmes et j’envoyai aussitôt la liste des invités à Debra. J’en profitai pour l’appeler et lui faire part de notre projet pendant qu’Andrew s’affairait dans la cuisine. Debra me promit de nous envoyer un ami décorateur dans les plus brefs délais.

Nous passâmes la soirée à peaufiner notre projet, faisant divers croquis de ce qui nous passait par la tête. Le dessin avait toujours été mon hobby préféré. J’aimais dessiner pendant nos voyages notamment, saisissant sur des petits carnets des paysages, des personnages, tout ce qui me séduisait. Après plusieurs discussions, Andrew et moi tombâmes d’accord sur les aménagements que nous devions faire réaliser, puis nous conclûmes en dressant la liste des tâches qu’il nous faudrait accomplir, le choix de ma robe étant à mes yeux le plus urgent et le plus délicat.

Debra me recommanda un styliste dont l’atelier se trouvait sur la cinquième avenue. Je décidai de m’y rendre le plus rapidement possible et, toujours sur les conseils de Debra, je demandai à Megan de m’accompagner. Debra était persuadée que j’y trouverais mon bonheur, l’opinion d’une amie serait alors très précieuse, étant donné le peu de temps que nous avions devant nous.

Pour une fois Megan était à l’heure. Elle se tenait devant l’entrée de la boutique son téléphone portable collé à l’oreille. Je l’observais depuis l’autre côté de l’avenue en attendant de pouvoir traverser. Megan était ce que l’on peut appeler une femme fatale. L’année précédente elle avait épousé un homme d’affaires de vingt-cinq ans son ainé, six mois à peine après leur rencontre, et après avoir rompu ses fiançailles avec un jeune avocat complètement sans le sou qui, d’après elle, ne correspondait pas à l’idée qu’elle se faisait de « l’homme idéal ».

Vêtue d’une robe grise très moulante, d’une petite veste cintrée en cuir noir et de chaussures à talons aiguilles, Megan ne laissait personne indifférent. Hommes et femmes se retournaient sur son passage. Alors que je traversais l’avenue pour la rejoindre, elle m’aperçut et me fit signe de la main tout en rangeant son téléphone dans son sac. Puis rejetant sa longue chevelure blonde en arrière, elle fit quelques pas dans ma direction. Je n’aurais pu penser à qui que ce soit d’autre pour me conseiller dans le choix de ma robe de mariée, Megan ayant un sens inné de l’élégance. Je ne comprenais toujours pas que celle-ci ait pu préférer le droit à une carrière dans la mode.

— Bonjour Kate, me dit Megan en m’embrassant, alors, tu es prête ?

— Non, je suis complètement paniquée !

— Voyons, je t’assure qu’il y a pire que de passer plusieurs heures à essayer des robes de mariée ! Et Andrew, comment va-t-il ?

— Il est aussi excité que moi. Mais étant donné qu’il est débordé au travail en ce moment, je vais devoir me débrouiller toute seule avec les préparatifs.

— Et moi alors, je compte pour des prunes ?

— Non, bien sûr que non…

— Allez, nous avons assez perdu de temps comme ça, lança Megan en me prenant la main et en m’entraînant à l’intérieur du magasin. Il y a une robe là-dedans qui n’attend que toi pour enfin avoir son heure de gloire.

À peine avais-je pénétré dans la boutique que je fus prise de vertige. Il y avait tant de modèles à disposition, que le choix de ma robe me sembla tout à coup une tâche insurmontable. Je m’identifiai à une vendeuse ainsi que me l’avait recommandé Debra. La jeune femme nous mena dans un petit salon privé où un petit buffet avait été dressé. Une fois nos rafraîchissements servis, elle nous pria de bien vouloir patienter et s’éclipsa.

— Comment vais-je procéder ? dis-je à l’intention de Megan qui passait en revue des robes suspendues à des tringles. Il y en a tellement ! Je n’en viendrai jamais à bout.

— Ne t’inquiète pas, me rassura-t-elle, tu as du temps devant toi. Regarde celle-ci, me dit Megan en décrochant une robe afin de me la montrer.

 La vendeuse réapparut au bout d’une dizaine de minutes en tirant derrière elle un portemanteau à roulettes sur lequel étaient suspendues cinq robes.

— Debra m’a transmis quelques informations vous concernant, et je me suis permis de séparer ces modèles qui, je pense, devraient vous plaire, m’expliqua-t-elle.

Elle décrocha les robes une à une et me les présenta. Toutes avaient en commun leur simplicité et leur bon goût, et correspondaient exactement à l’idée que je m’étais faite de la robe de mariée idéale. J’en étais bouche bée ! Il m’aurait fallu toute la journée pour faire le tri parmi les milliers de modèles disponibles. Debra avait réglé la question en un coup de fil et avait fait mouche.

Je les essayai l’une après l’autre sous le regard approbateur de Megan. J’arrêtai mon choix sur une robe en satin couleur coquille d’œuf style Empire, dont le buste était constellé de minuscules cristaux. Selon Megan, cette robe semblait avoir été faite pour moi.

Je m’admirai dans le miroir et trouvai l’ensemble assez plaisant. Je me demandais toutefois ce qu’Andrew avait vu en moi, me choisissant plutôt qu’une autre. Il aurait pu avoir n’importe quelle femme, et il m’avait choisie moi, du haut de mon mètre soixante, frêle, les cheveux roux et la peau parsemée de taches de rousseur. Et dans cette robe de rêve je ressemblais davantage à une poupée de cire, qu’à une princesse de conte de fées.

Il ne restait aucun doute, le choix de la robe était fait. La vendeuse m’apporta aussitôt des accessoires assortis, chaussures, voiles, diadèmes et j’en passe. J’optai pour des escarpins à talons bas et un diadème incrusté de cristaux dont l’effet dans ma chevelure couleur de feu fut des plus spectaculaires.

La vendeuse appela une couturière afin de prendre mes mesures et on me donna rendez-vous pour la semaine suivante afin de procéder à un nouvel essayage, la robe ayant besoin d’être légèrement raccourcie.

Dès que nous quittâmes la boutique, j’appelai Andrew tout excitée pour lui faire part de la bonne nouvelle : le plus dur était fait, j’avais ma robe de mariée. Ce poids ôté de mes épaules, je quittai Megan et retournai au bureau ne sentant plus le sol sous mes pieds.

Je passais devant une agence de voyages, quand je fus attirée par une affiche qui faisait la promotion d’un lodge en forêt amazonienne. N’étant pas attendue au travail avant une heure, je décidai d’entrer pour prendre des renseignements.

L’agent de voyage me fournit tout un tas de brochures sur l’hôtel en question : sa situation géographique était privilégiée puisqu’il était situé aux portes de la forêt amazonienne, et à quelques kilomètres à peine de la ville la plus proche. Si nous cherchions le dépaysement, sans faire abstraction du confort, il s’agissait de l’endroit idéal.

De nombreuses excursions et activités sportives étaient proposées, le restaurant jouissait d’une excellente réputation et les chambres offraient tout le confort d’un hôtel cinq étoiles. L’agent de voyage vérifia les disponibilités pour le début du mois de juin. Quelques bungalows étant encore disponibles, il me conseilla toutefois de prendre ma décision sans trop tarder, l’hôtel étant très prisé selon lui.

Le soir même, je décidai de faire part à Andrew de mon idée. Il m’avait donné carte blanche concernant le choix de notre destination, mais étant donné les circonstances, son opinion m’était indispensable.

Aussitôt rentrée, j’entrepris des recherches sur internet, et consultai des opinions de voyageurs ayant séjourné au lodge. Elles confirmaient les propos de l’agent de voyages, sans exception, ce qui acheva de me rassurer complètement.

J’étais toujours en pleine recherche quand Andrew rentra.

— Alors, la journée a été riche en émotions ? dit-il en se penchant vers moi pour m’embrasser.

— Plutôt oui ! Andrew, la robe est si belle ! m’exclamai-je enthousiaste. Mais ce n’est pas tout. Figure-toi que sur le chemin du retour je suis passée devant une agence de voyages, et suis tombée sur ça, dis-je en lui tendant la brochure du lodge. Il reste des bungalows disponibles pour le mois de juin.

Andrew s’était assis à côté de moi et jetait un œil sur la brochure. Je lui montrai également le site de l’hôtel, et les différentes critiques que j’avais trouvées.

— L’Amazonie ? ! Je n’aurais pas pensé à cette destination, dit-il en parcourant la galerie de photos de l’hôtel. L’endroit est vraiment fabuleux.

— Je n’ai trouvé que des avis positifs : la cuisine est délicieuse, les bungalows sont très confortables, bien que l’hôtel soit situé en pleine jungle. Il arrive que de petits animaux viennent se nourrir auprès des touristes, le tout étant très sécurisé.

— L’Amazonie, hein ? Sais-tu que mes parents m’ont recueilli dans un petit village amazonien ?

— Vraiment ? Je l’ignorais, Andrew. Tu m’avais parlé du Brésil, mais tu n’avais pas donné beaucoup de détails.

— Je ne sais pas Kate, poursuivit-il sur un ton dubitatif, le Brésil n’a pas très bonne réputation, il y a souvent des problèmes impliquant des touristes.

— Quels genres de problèmes ?

— Des kidnappings, par exemple. Et de plus, mes parents sont morts là-bas.

— Oui, bien sûr, je comprends, dis-je en reprenant la brochure et la fourrant dans mon sac, c’était une mauvaise idée.

— J’avais pensé aux Maldives, les lagons bleus, quelque chose dans ce genre.

— Tu as raison. Je vais jeter un coup d’œil sur internet, je vais sûrement trouver quelque chose d’intéressant.

Andrew s’était allongé sur une méridienne et contemplait le plafond d’un air rêveur. J’essayais d’imaginer ce qui pouvait passer par son esprit à ce moment-là. Ses parents avaient péri en Amazonie et l’idée de retourner sur les lieux devait être très douloureuse pour lui, et je m’en voulais d’avoir commis une telle étourderie.

Je fermai mon ordinateur portable et m’assis auprès d’Andrew qui, perdu dans ses pensées, sursauta au contact de mes doigts dans ses cheveux.

— Veux-tu manger quelque chose ? lui demandai-je. Je peux réchauffer les restes d’hier soir.

— Non, pas tout de suite, répondit-il en se levant et en m’embrassant au passage. Je vais faire quelques longueurs, si ça ne t’ennuie pas.

— Bien sûr que non, nous dînerons plus tard.

Je passai l’heure suivante à rechercher une autre destination, et soumis les différents choix qui s’offraient à nous à Andrew après le dîner.

— Tu sais, mes parents t’auraient adorée, Kate, me dit Andrew alors que nous admirions les photos d’un hôtel aux Seychelles.

— Ils devaient être des gens merveilleux, répondis-je. Je regrette de ne pas les avoir connus.

— Effectivement, ils l’étaient. La vie les avait gâtés, ils auraient pu se contenter de dépenser leur fortune avec des frivolités, mais ils ont préféré aider les plus démunis. Ce n’est pas donné à tout-le-monde.

Nous consacrâmes le reste de la soirée à discuter des préparatifs du mariage. Le décorateur nous avait donné rendez-vous en fin de semaine, Andrew irait choisir son costume le lendemain et les invitations seraient envoyées dans une dizaine de jours. Debra se montrait d’une efficacité redoutable, faisant le tri entre les différents choix qui s’offraient à nous en matière de buffet, de décoration, m’envoyant plusieurs e-mails par jour avec des informations précieuses. Vu nos emplois du temps extrêmement chargés, et le peu de temps qui nous restait avant la date butoir, son aide était plus que bienvenue.

Après mes études de droit, j’avais trouvé du travail comme assistante d’un procureur, et Andrew était avocat associé dans un cabinet spécialisé en droit d’affaires. Depuis notre rencontre, nous n’avions pas eu beaucoup l’occasion de partir en vacances, et jamais plus de quinze jours d’affilée. Cette fois-ci, nous étions tombés d’accord pour partir trois semaines. Cela nous paraîtrait très certainement une éternité, la présence d’une connexion internet dans notre chambre étant une condition sine qua non pour le choix de l’hôtel, car même à des milliers de kilomètres, Andrew devait pouvoir être facilement joignable et opérationnel. Nous n’étions pas partis en vacances depuis plus d’un an, et Dieu seul savait quand nous aurions une autre opportunité. J’attachais une importance toute spéciale à l’organisation de celles-ci. Après tout, il s’agissait de notre lune de miel.

Le lendemain matin Andrew se montra d’excellente humeur. Il m’apporta même le petit-déjeuner au lit, ce qui d’habitude était réservé pour les weekends.

— Kate, j’ai bien réfléchi, dit-il les yeux brillants, allons en Amazonie.

— En es-tu vraiment sûr ? Je veux dire, c’est peut-être difficile pour toi, et je le comprends.

— Non, je t’assure, ça me fait vraiment plaisir. Je pense que l’Amazonie est un excellent choix. Fais la réservation dès aujourd’hui, veux-tu ? Nous ne pouvons perdre cette opportunité. C’est un retour aux sources. Et tu seras là à mes côtés, c’est génial !

— Très bien, je passerai à l’agence à l’heure du déjeuner.

Andrew avait du mal à cacher son excitation, et son changement d’attitude par rapport à la veille au soir me surprit. Après réflexion j’imaginais que l’attachement de ses parents à cette région du monde en particulier était une raison suffisante pour qu’il veuille y passer son voyage de noces. Après tout, c’était une belle façon de leur rendre hommage.

Comme promis, je profitai de ma pause déjeuner pour me rendre à l’agence de voyages. J’optai pour le bungalow spécialement conçu pour les couples en lune de miel, qui à mon grand bonheur était disponible, et qui disposait d’un jacuzzi à ciel ouvert ainsi que d’une vue imprenable sur la réserve de l’hôtel. L’agent de voyage s’assura que nous étions bien vaccinés contre la fièvre jaune, condition indispensable pour se rendre dans la région, et fit les réservations.

Le surlendemain ce fut le tour du décorateur de nous suggérer quelques aménagements pratiques autour de la piscine afin de rendre possible le bon déroulement de notre cérémonie de mariage. Finalement, la peinture de la terrasse fut refaite, toute l’illumination fut repensée et des plantes furent achetées. Je n’aurais jamais imaginé qu’un mariage puisse être organisé en si peu de temps, et en y consacrant si peu d’énergie. Et nous devions tout cela à Debra qui m’avait définitivement convaincue que le métier de wedding planner était bel et bien un métier à part entière.

À ce moment-là je n’avais pas conscience du bouleversement que nos vies allaient connaître par la suite. Aurais-je pris d’autres décisions sachant ce que je sais aujourd’hui ? Certainement. Les choses auraient-elles pu tourner autrement ? Avec le recul, je n’en suis pas si sûre. Notre histoire était écrite d’avance, et rien de ce que j’aurais pu faire n’y aurait changé grand-chose.

Cliquez ici pour acheter le roman

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s